← Retour aux Chantiers Chantier n°03

Mindɛ Ayinù

Le reflet de l'esprit : Recherche typographique et toiles d'écru

L'intention

Ce Chantier est né d’un constat précis : la langue fon, si riche dans sa sonorité et ses déclinaisons oratoires, est presque systématiquement transcrite à travers des polices d’imprimerie occidentales neutres, conçues pour d'autres alphabets et d'autres rythmes de lecture. Les diacritiques, les voyelles nasales et les consonnes doubles y apparaissent souvent comme des greffes maladroites, découpant la ligne de texte au lieu de lui donner son assise naturelle.

Notre intention n’était pas de folkloriser le tracé, mais d’inventer une famille de glyphes contemporains qui respirent la densité du verbe béninois. Nous avons voulu que chaque caractère porte le poids du souffle parlé, avec une graisse ferme, des attaques franches inspirées de la gouge sur le bois de neem, et des courbes tendues qui évoquent la courbure des pirogues du lac Nokoué. Il s’agissait d’offrir à la pensée fon une tenue visuelle digne de sa stature philosophique, affranchie des simplifications numériques par défaut.

Les essais

Comme dans tout chantier ouvert, nous rendons publiques les impasses méthodologiques et les bifurcations qui ont forgé la forme finale.

Piste A · Abandonnée

L'émulation royale

Tentative de reproduction directe des bas-reliefs d'Abomey. Le résultat s'est révélé rigide, difficilement lisible en corps de texte et trop proche du pastiche touristique. Abandonné après 48 essais.

Piste B · Abandonnée

L'hyper-géométrie sans empattement

Recherche d'un minimalisme suisse appliqué aux tons fon. Cette approche a vidé les phonèmes de leur chaleur vibratoire. Les consonnes liées perdaient toute résonance poétique.

Piste C · Retenue

Le ductus de la fibre

Tracé manuel au calame sur papier kaolin brut, puis vectorisation chirurgicale des empattements. L'équilibre exact entre la rigueur contemporaine et la respiration organique de la matière.

La fabrication

La fabrication s'est déroulée en trois temps distincts dans notre atelier de Cotonou. Dans un premier temps, plus de trois cents esquisses à l'encre de seiche et à l'ocre broyée ont été réalisées sur des fragments de papier vergé local. Chaque phonème complexe a été mis à l'épreuve de la vitesse d'écriture, afin d'observer comment la main humaine lie les accents sans marquer d'arrêt brutal.

Le deuxième temps a consisté en la numérisation vectorielle des glyphes sélectionnés, avec une attention maniaque accordée au crénage et à la compensation optique des voyelles ouvertes. Enfin, le collectif a refusé l'épreuve sur écran seul : nous avons confectionné des écrans de sérigraphie à maille serrée pour tirer ces caractères sur des lés de toile de coton non blanchi, tissés artisanalement à Djougou. L'encre d'indigo naturel, préparée selon les recettes traditionnelles de nos teinturières partenaires, ancre physiquement l'esprit du texte dans le grain serré de la fibre béninoise.

Le résultat

Le spécimen typographique se déploie désormais sur une série de dix-huit grands formats textiles, présentés lors de l'Édition III au Pavillon Océan.

Tirage d'épreuve en atelier
Documentation photographique du processus
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